En août 2023, Enzo et Belly, deux jeunes du Centre Infantile Raymond Lerch, ont une idée simple : organiser un barbecue dans un parc du Havre et inviter tout le monde. Les enfants du centre, les familles, les gens du quartier. Pas de dossier, pas de budget, pas de nom. Juste l’envie de faire sortir ces enfants d’un cadre où on les met toujours.
« Les sorties, c’était souvent les mêmes, dans des endroits un peu stigmatisés », raconte Hamdjatou, arrivé au centre deux ans plus tard. « Nous, on voulait casser les codes et montrer que ce statut de handicap peut s’adapter à tout milieu. »
Trois ans plus tard, la journée s’appelle Humansport, elle réunit des clubs sportifs, des professionnels et des sponsors, et le collectif est en train de basculer en association.
Les deux premières éditions, à l’arrache et assumées
Les organisateurs sont les premiers à le dire : au début, il n’y avait pas d’organisation. Un barbecue, des invitations, et une journée qui se déroule toute seule. Financée par leurs propres poches.
Ça n’a pas empêché que ça marche. Le quartier a répondu présent, les familles sont venues, les enfants du centre ont joué avec les enfants du coin. Sur une console, ce jour-là, personne n’aurait pu dire qui était porteur d’un handicap et qui ne l’était pas.
« C’était de l’inclusion à proprement parler », analyse Enzo. « Les gens ont vu qu’ils étaient là sans voir qu’ils étaient là. »
Le vrai virage : passer de l’inclusion à la sensibilisation
C’est le tournant du projet. Les premières éditions mélangeaient les publics sans expliquer. À partir de l’édition sous le nom Humansport, le collectif change d’objectif : il ne s’agit plus seulement de faire venir du monde, il s’agit que le monde reparte en ayant compris quelque chose.
« Venir pour venir, c’est bien. Mais il faut sortir enrichi de cette journée », tranche Hamdjatou.
D’où les sports adaptés, les initiations les yeux bandés, l’espace témoignages. Et d’où une décision qui a coûté cher en fréquentation.
Pourquoi ils ont supprimé le concert
Une année, il y avait eu un concert, avec des artistes locaux et une tête d’affiche. Résultat : beaucoup de monde, mais du monde venu pour l’artiste. Et une question qui revient toute l’année dans la rue : vous ramenez qui, cette fois ?
Le concert a sauté.
« Si on veut organiser des concerts, on en organise. Ce n’est pas le but », explique Enzo. « Les gens ne retiennent plus le principal : va jouer au foot avec une personne porteuse de handicap, regarde le spectacle de danse, écoute les témoignages. »
Même logique pour les influenceurs. Inviter quelqu’un qui fait le buzz ferait grossir la journée. Ça la sortirait aussi de son sujet.
Des sponsors, un statut, et la suite
Financer une journée pareille avec des salaires d’agents de soins, ça ne tient pas. Depuis l’an dernier, le collectif démarche des partenaires, par téléphone et par mail, entre deux services. Présidents de clubs, associations, entreprises locales.
Le passage en association est en cours au moment où l’on écrit ces lignes.
Ce qu’ils visent vraiment
Le collectif a remarqué un effet secondaire qu’il n’avait pas prévu : à chaque édition, des ados et des jeunes adultes viennent leur demander comment faire des stages, comment travailler avec eux, comment faire le même métier.
« On est des modèles, entre guillemets », dit Enzo. « Dans dix ans, ce sera les enfants qui étaient là qui se diront : je veux faire ça. »
Rendez-vous le samedi 29 août au stade Pelé pour la prochaine édition. Toutes les infos sont dans « Humansport, la journée sport et handicap du Havre, c’est le 29 août au stade Pelé ».
À lire aussi
Source : interviews réalisées par Havrais·e avec le collectif Humansport.